Greendy Pact est une boutique lilloise d’échange de vêtements femme et enfants de seconde main. Nous vous présentons Camille Courmont, sa fondatrice. Retour sur la naissance d’un projet à impact positif, qui allie mode et responsabilité sociale. Pour que la planète ne pâtisse pas de nos journées shopping ! 


Bonjour Camille. Quel fut votre parcours professionnel avant de devenir fondatrice de Greendy Pact ? 👜

Je m’appelle Camille, j’ai 32 ans et suis originaire de Lille. J’ai fait un master en Marketing Communications et Stratégie des entreprises à l’ISTC. Diplômée en 2011, j’ai commencé une carrière assez classique quand on travaille dans la communication : j’ai d’abord été chargée de projets, plutôt en associatif, notamment sur la prévention des cancers. De cheffe de projets, je suis ensuite passée responsable communication. Puis j’ai changé d’univers en intégrant une agence qui n’avait plus rien à voir avec la santé. J’ai passé 4 années en agence où j’étais consultante en communication et responsable de projets audiovisuels.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous lancer dans la création de Greendy Pact ? 🌷

Les clients avec qui j’étais amenée à travailler étaient surtout des retailers sur la région. Leur principale problématique c’était : aujourd’hui, quand on est une grosse enseigne, comment on fait pour répondre aux différents besoins des consommateurs avec ces nouvelles exigences de proximité, de plus petit, plus propre, plus local, de meilleur ? Ce fut une expérience enrichissante qui m’a beaucoup appris sur la notion de parcours client.

Mais après 4 ans en agence, j’ai eu envie d’autre chose. Créer ma boite c’est un sujet que je traîne depuis mes études ! J’attendais la bonne idée, le truc suffisamment fort pour tout arrêter et me lancer. 🚀

Cette bonne idée, c’est dans le domaine de la mode que vous l’avez eue. Comment a-t-elle germé ? 🌱

Dans le domaine de la mode, j’étais moi-même une grande consommatrice. Mon agence étant dans le centre de Lille, j’avais tendance à passer toutes mes pauses déjeuner dehors, à faire les magasins pour décompresser, à acheter des trucs que je ne portais pas forcément. J’ai alors commencé à prendre conscience de l’impact de la mode sur l’environnement. ☝️

J’ai testé les plateformes connues (Vinted...), mais j’ai trouvé ça hyper contraignant : on ne trouve pas forcément de pièce de valeur, on passe du temps à poster des annonces, à fouiller ce qui est proposé… Je n’y ai pas trouvé mon compte. En plus, pour moi, le shopping c’est le plaisir d’aller dans les boutiques, de se balader. Je ne trouvais donc pas de solution à ma problématique : 

Comment aujourd’hui je peux renouveler mon dressing de façon un peu plus éco responsable tout en préservant cette notion de plaisir du shopping ? 🤔

Les vide dressings, les troc party, peuvent être une réponse, mais ça reste événementiel. Cela signifie être disponible le jour de l’événement, alors qu’un magasin c’est une présence permanente. L’échange est quelque chose que je pratiquais avec ma mère : je lui prêtais des trucs deux ou trois mois ; ensuite je les récupérais, et j’avais l’impression que c’était tout neuf. ✨

C’est avec tous ces éléments qu’est né Greendy Pact. Le but c’est d’adopter tous les codes d’une boutique traditionnelle, mais de les mettre sur de la seconde main, sans non plus s’apparenter à une friperie trop vintage. 


Oui, et avec Greendy Pact vous triez en amont, ce qui fait qu’on se retrouve avec de la marchandise de qualité. Du coup vous êtes combien dans la boutique pour gérer le tri, la présentation et l’accueil client ?

Jusqu’à il n’y a pas très longtemps j’étais toute seule (même si ma mère m’aidait beaucoup!). 😮 Aujourd’hui on est trois pour gérer la boutique. Il faut un minimum de deux personnes pour à la fois gérer les entrées / sorties et se libérer du temps pour le relationnel avec la clientèle. Il y a aussi une collaboratrice qui travaille à 100 % sur le développement de la boîte.

En parlant de développement, pensez- vous à un éventuel agrandissement du magasin existant ? Une exportation du projet sur d’autres lieux ? 🚧

Avant d’agrandir celui qui existe, on va optimiser au maximum la capacité du lieu sur Lille. Par ailleurs, on envisage effectivement l’ouverture d’autres boutiques d’échange dans d’autres villes. C’est un marché qui est en pleine expansion. Depuis Greendy Pact il y a eu beaucoup d'ouvertures de boutiques en France. 

Nous voulons amener l’échange plus loin. Aujourd’hui on est sur un format local pour faire de l’échange en proximité. Demain, ce serait formidable de créer un réseau national pour repenser l’idée du voyage. Il nous manque toujours quelque chose et on est obligé d’acheter sur place parce qu’on a oublié le maillot de bain, ou parce qu’il pleut et qu’on n’avait pas prévu le mauvais temps. Si on est client Greendy Pact, on peut aller dans n’importe quelle boutique affiliée pour faire des échanges. Créer ce maillage d’échanges sur les vêtements permettrait de voyager en évitant les énormes valises et tous les petits achats liés à l’imprévu. 🛍️ 


Est-ce qu’il y a des marques qui vous ont contacté ou, refusez-vous de vous identifier sur une seule marque ?

Tout le monde se place sur la seconde main puisqu’il y a un réel engouement vers ce marché. Celui qui n’y va pas fonce droit dans le mur. La Redoute vient de lancer son site de seconde main : La Reboucle. Il s’agit d’un service de mise en relation de particuliers. Ba&sh propose une plateforme intégrée de location. Tout le monde cherche à tirer son épingle du jeu sur ce marché-là. Mais Okaïdi, BabyKid, Ba&sh, ne font que leur propre marque dans leur système de troc. L’avantage de Greendy Pact c’est le multimarques. 🤹‍♀️

Pour les enseignes, il y a d’ailleurs un problème juridique et réglementaire. Ils ont des chartes qualité à respecter et peuvent difficilement intégrer des produits de seconde main dans leur boutique : ça ne respecte pas des normes de propreté, d’hygiène. C’est quelque chose de complexe à gérer pour eux. Et en même temps, sur tout ce qu'ils déstockent, ils sont obligés d’enlever les marques. In fine ils n’ont pas forcément d’intérêt à venir me donner leurs vêtements. Et moi je n’ai aucun intérêt à leur acheter puisque derrière je ne les vends pas, donc il faut que ça reste une entrée gratuite. Il y a un modèle à trouver avec les marques. Ou alors il faut proposer en marque blanche le système de Greendy Pact ! 🤷


Certaines enseignes récupèrent aussi la mode de seconde main pour proposer des ateliers de couture, réparation. Est-ce que ce sont aussi dans vos projets ? 🧵🔨

On avait essayé de le mettre en place avec une créatrice partenaire au tout début de l’aventure. Ça faisait partie du projet de la boutique de pouvoir aussi animer la communauté à travers cette proposition de services. Finalement, la Covid met à mal ce genre d’événements, car il limite le nombre de personnes, impose des contraintes d’espace. Par ailleurs, dans le quartier où est installée la boutique, il y a de plus en plus d’acteurs de la seconde main, du recycling. J’ai des voisines qui proposent de super ateliers de broderie ou de créations textiles. Le projet va donc plus se tourner vers du partenariat, de la collaboration, au lieu de vouloir faire la même chose. 🤝

Par rapport à votre expérience client, vous avez déjà des retours, de l'enthousiasme, une fidélité ? 👍

Oui beaucoup. Avant même d’ouvrir la boutique de Lille, j’avais lancé une campagne de financement participatif pour essayer de communiquer autour du projet et créer un noyau d’ambassadeurs. C'est très rassurant quand on ouvre un commerce de voir que des gens attendent la date. 😍

Il y a eu à la fois curiosité et défiance au début sur le système. C’est un modèle qui, dans l’usage, la consommation et l’économie, est très différent de ce que les gens peuvent connaître. Il y a eu besoin de pédagogie pour convaincre les femmes qu’elles allaient trouver des pièces qui allaient leur convenir, qui leur plaisent et qui soient dans leur taille. 

Finalement ces ambassadeurs-là ont vraiment contribué à faire grandir et mettre en confiance toute la communauté. Aujourd’hui malgré deux confinements sur l’année 2020 les chiffres sont croissants, la communauté est grandissante. Notre enquête de satisfaction a montré que 99 % des clientes recommandent Greendy Pact à leur entourage. C’est super !


Sur votre questionnaire de satisfaction, avez-vous ciblé des problématiques à améliorer ? 📈

Nous avons fait une enquête quantitative et qualitative. Dans les axes à améliorer, il y avait l’affichage des tailles sur les portants, ainsi que l’attente quand il y a du monde. C’est pour cela qu’une troisième cabine d’essayage est dans nos projets. Même si ça ne sert que 2 heures par semaine, notamment le samedi matin, pour moi c’est nécessaire. La satisfaction client est tellement au centre de mes préoccupations que si ma clientèle rencontre un obstacle je fais tout pour le lever. ⛰️


Malgré la Covid vous avez réussi à être visible ? Comment vous adaptez-vous à la situation ? 😷

Nous sommes présents sur les réseaux sociaux : Instagram, Facebook. Et contrairement aux deux autres confinements où nous avions complètement arrêté l’activité, excepté l’achat des pass sur le site, nous avons cette fois mis en place un Click and Collect pour les membres annuels. Ça permet de préserver la continuité du service. Tous les vendredis soirs, les clientes reçoivent un catalogue digital où elles réservent les pièces qu’elles veulent échanger et elles viennent les retirer directement en boutique. Ça marche très bien et ça permet de garder le lien. 👋

Et la notion Solidaire de la boutique ? Vous nous en dites un mot ? ✊

Au début, j'acceptais de récupérer les vêtements qu’on ne sélectionnait pas pour la boutique, mais qu’on donnait à des associations. J’ai vite arrêté, car nous en avions beaucoup trop et parfois c’était des pièces en si mauvais état que même les associations ne voulaient pas les récupérer. 😬

En revanche, les clientes ont la possibilité de transférer leurs Greendies (la monnaie virtuelle qui permet de faire les transactions, lien vers billet 1) sur une cagnotte solidaire : Greendies suspendus. Ceux-ci sont alors distribués à des associations (centres d’accueil de jeunes femmes et jeunes mamans). Elles permettent aux bénéficiaires de venir chercher directement des pièces en boutique. Elles peuvent choisir ce qui leur convient et leur fait plaisir. On est sur un schéma solidaire fort : on ne fait plus de don de vêtements directement, on permet d’offrir une vraie expérience shopping à des femmes qui connaissent un moment de vulnérabilité. 👗👏

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