Originaire d’Angers, Emmanuelle Bessez est la fondatrice du cabinet Wunjo, cabinet RH spécialiste de la QVT, avec une approche différente du balisage classique de l’Anact-Aract. Après une formation sciences humaines, psychologie, école de commerce et un master en gestion de projet, cette entrepreneuse crée sa première boîte à 23 ans, dans l’économie sociale et solidaire. Son but ? Créer des business éthiques qui ont du sens, amener des choses au monde, aider des gens

Et des gens qui veulent être aidés, il y en a plein ! Ils ne savent pas toujours comment l’exprimer ni trouver en face la solution la plus appropriée. 

Aujourd’hui à la tête d’un nouveau cabinet QVT, elle nous fait le plaisir de répondre à nos questions. Retour sur l’interview de cette femme incroyable, grosse banane et méga patate, qui revient sur son parcours, sa vision de la RSE et la naissance de son tout dernier bébé Wunjo. 👶🏻


Cette première boite fondée à 23 ans n’a été que l’une de toute une série ! Tu nous racontes ?

Ma première agence de communication a bien fonctionné. Mais en 2008 on subit gravement la crise. 70 % du carnet de commandes s’effondrent en 15 jours. Cette période correspond aussi à la naissance de mon premier enfant. Je me retrouve avec une équipe au chômage technique, un bébé, alors que j’ai un profil workaholic ! Je prends alors le parti de monter deux autres sociétés. 💡

Création d’un cabinet de conseil en communication 📣

A l’époque, nous étions déjà une entreprise libérée, on fonctionnait avec nos clients sur le mode coopératif. J’ai donc réuni un pull de clients, nous avons constitué un groupe de travail. On a identifié qu’on avait des valeurs ajoutées qu’on n’avait finalement jamais financées. C’est la capacité à conseiller : regard critique, prise de hauteur, capacité à permettre au chef d’entreprise de prendre des décisions éclairées, de réfléchir sur le sens de son business, d’aller sur les bons canaux de communication. J’ai donc monté un cabinet de conseil en communication et en développement. 

Création d’un centre de formation 📖

En parallèle, on s’est rendu compte qu’on avait une deuxième compétence qu’on ne valorisait pas : la capacité à transmettre, à être pédagogue, à donner la capacité de travailler en autonomie. Je disais à mes clients : “Arrêtez de me confier la mise en page de vos catalogues de 120 pages. Vous avez une assistante de direction créative, rigoureuse, on est en pleine crise, elle est à mi-temps, elle au chômage partiel. Arrêtez de nous acheter à nous de la prestation d'exécution. Confiez-lui à elle, parce que ça va donner un sens à son taf, ça va la reconnecter avec son métier, ça va lui faire plaisir de faire quelque chose pour son entreprise, et vous dépenserez moins de sous chez nous.” 

👉🏻 On a donc créé un centre de formation. Nos confrères des agences de comm’ sur le marché hallucinaient. Ils disaient : « Mais la nana à Montauban elle apprend aux clients à se passer de nous ! » C’était complètement disruptif !

Création d’une holding 👩🏻🍼

J’ai alors créé une holding pour fluidifier les flux financiers. L’agence de comm’ qui produisait gagnait de moins en moins ; le cabinet de conseil vendait des presta à valeur ajoutée avec de super honoraires ; avec le centre de formation, tout était financé par les OPCA, les DIF, des compteurs de droit à la formation au taquet. Du coup quand un client venait nous voir en disant qu’il avait besoin de comm’ mais n’avait plus d’argent, je lui demandais s’il avait des fonds de formation. Personne ne savait ce que c’était, ce n’était jamais utilisé ! Et on se retrouvait avec de grosses enveloppes qui entraient dans le centre de formation. Donc on pouvait à la fois faire réfléchir les gens, agir pour eux et les faire grandir. C’était la panoplie super intelligente de notre modèle économique. Ça nous a sortis de la panade, on a créé des emplois. 

Création d’un cabinet de conseil 🤔

J’ai ensuite monté une quatrième boîte, un cabinet de conseils en management, en 2009, spécialisé en management par le sens. Moi ça fait 12 ans que j’ai compris qu’un collaborateur, s’il n’est pas animé par des valeurs profondes, s’il n’a pas identifié le Why de son métier et s’il n’adhère pas à la mission collective que porte l’entreprise dans laquelle il œuvre, ça ne marchera pas. 

Et finalement, tu vis un burn-out qui va changer ta vie ? 

Oui. 🤯

En mars 2015, l’histoire s'arrête parce que je fais un burn out. En parallèle de ces 4 boîtes, j’avais une dizaine de mandats sociétaux et patronaux. J’ai toujours été investie au Medef. Plus deux enfants. Je suis passée de 18 heures de travail par jour à ne même plus pouvoir me déplacer sans qu’on m’aide. Je ne pouvais plus connecter mon ordinateur parce que je n’arrivais pas à me lever jusqu’à la prise. J’ai été immobile deux mois. 

Pour moi ça a été hyper dur psychologiquement. Ce n’était pas possible d’être inutile et dépendante alors que j’avais toujours été utile pour les autres. Dans les formes habituelles de burn-out, le corps ne peut plus bouger, mais l’esprit n’arrive pas à tourner non plus. Quant à moi, mon cerveau tournait à plein régime, mais je ne pouvais plus bouger. 

Je suis partie marcher sur le chemin de St Jacques de Compostelle. Je n’avais jamais randonné ni bivouaqué, mais j’ai fait ça plusieurs mois par an pendant 3 ans, avec mon sac à dos. J’ai rebondi grâce au pèlerinage de St Jacques à chaque fois que je n’avais pas mes enfants. J’ai fait 4000 km petit bout par petit bout. La puissance de la nature, les rencontres sur le chemin, l’anonymat qui me permettait de ne plus être identifiée comme la battante Emmanuelle Bessez, m’ont aidée. Ça m'a permis de recentrer mes activités. 

Tu relances Kreactiv’ mais en freelance, seule. C’est ça ton recentrage ?

Je ferme mes boites pour seulement garder la holding, que je requalifie en entreprise commerciale. Avec cette boite je continue à bosser pour plusieurs clients avec lesquels j’avais envie de continuer de travailler, qui portent du sens et sont de vrais humanistes. Je travaille à mi-temps. Je double mon salaire tout en divisant mon rythme de travail par trois ou quatre. J’ai profité de cette période pour vivre nomade avec mes enfants et mon chien. 🧡

Je viens donc de passer 5 ans en mode freelance avec ma marque Kreactiv’, avec une équipe salariée réduite. De temps en temps je monte des équipes pluridisciplinaires, quand j’ai des besoins spécifiques, que j’anime des séminaires, ou que je fais des formations avec des formats originaux, ludo-pédagogiques, plein de sens. 

Et la spécialisation QVT dans tout ça ?

Mon agence de communication faisait au départ de la comm’ externe, mais au fur et à mesure on s’est mis à faire de la comm’ interne. Derrière le conseil venaient la formation, le coaching, les accompagnements individuels, les accompagnements d’équipe. 40 % de mon activité, c’était de faire en sorte que les gens aillent mieux et vivent mieux le travail. Ce qui fait que depuis 2009, je fais de la QVT sans le savoir. Pour moi la QVT, c’est un acronyme très moche pour parler de bon sens. J’ai toujours fait de la QVT mais je flèche cette thématique et ne donne ce nom que depuis 2 ou 3 ans. 

Il y a deux ans, je me rends compte que j’ai de la chance : je travaille à la fois pour de très grands comptes (EDF, RATP, SNCF, VINCI Energies, RENAULT...) et pour de petites structures associatives dans l’insertion par l’activité économique. Ma vie est à cheval entre ces deux univers, entre entreprises à forte culture économique  qui veulent remettre de l’humanité, et entreprises foncièrement humanistes, mais qui ont besoin d’être rentables. 👀

Ma vie est super chouette, tout va bien, mais un truc manque : l’entrepreneuriat. Moi je suis faite pour monter des boîtes, fédérer des collectifs, orchestrer des prestations globales, transformer. J’adore faire ça chez mes clients. Mais faire ma presta de 3 mois et m’en aller, je trouve que ça manque de profondeur. Même si j’adore animer des formations, des visios, des séminaires, je crois qu’il y a plein de gens super bons qui sont capables de faire aussi bien que moi sur le terrain, voire mieux. Ma place est plutôt à côté. 🤝

C’est ainsi qu’est né ton tout dernier bébé, Wunjo ?

Wunjo, mon nouveau cabinet, est la poursuite de mes activités. Je les dédie aujourd’hui à la thématique de la QVT, avec une équipe fabriquée pour mettre en place une démarche QVT telle que nous l’avons imaginée. J’ai un collectif de 11 spécialistes de la QVT (médecins, psy, ergonomes, infirmières, coachs, DRH...) qui m’accompagnent depuis un an et demi maintenant. On est parvenu à la formalisation d’une approche QVT disruptive qui repose sur :

🧘 l’éducation à la bienveillance et à la responsabilité en matière de vécu du travail permettant de rendre les travailleurs.ses acteurs.trices de leur vie au travail, et comme socle fondateur de la démarche QVT;

👌🏻 des actions sur-mesure, adaptées au contexte spécifique d’intervention, avec une valeur-ajoutée conseil née de notre pluridisciplinarité;

🚗 la conduite des projets QVT dans les règles des démarches Qualité, avec de la concertation, des expérimentations et un véritable pilotage 

Je fais partie du réseau ANACT ARACT Occitanie. Pour moi c’est notre autorité de tutelle, les leaders du sujet. Ce sont ceux qui ont le plus travaillé et réfléchi le sujet de la QVT. Il y a des gens brillants, des outils, des méthodes, beaucoup de monde et d’énergie. Chez WUNJO, nous sommes clairement des acteurs qui portent une vision plus humaniste que technique du sujet de la Qualité de Vie au Travail. On s’immisce dans l’hyper complexe : perceptions, ressentis, toute la singularité de l’être humain dans sa façon de vivre le travail. 

Quand j’ai bien avancé dans le projet, je l’ai présenté à l’un de mes clients (CoperBee) qui était pour moi l’exemple de la boîte où il fait bon vivre et travailler. J’y allais dans l’optique qu’il puisse être mon premier expérimentateur. En fait, à la fin du premier rendez-vous, ils ont voulu me suivre ! Jusqu’à présent j’étais en fonds propres. Et tout à coup il y a des moyens qui arrivent, une boite avec 60 personnes, des super locaux, des suites logicielles parfaites, une belle image de marque implantée, un portefeuille clients. Ça donne une envergure supplémentaire à mon propre réseau. On a démarré nos activités mi mai 2021. Voilà comment est né Wunjo. ✨

Comment travaillez-vous chez Wunjo ? Quelle est la démarche ?

On ne peut pas déployer une démarche QVT si on n’a pas l’adhésion des collaborateurs. Chez nous, la première étape dure de 6 à 8 mois pour obtenir cette motivation. Ça passe par différentes interventions qui sont toujours sensibles, ludiques, et pédagogiques. C’est ce qu’on appelle la prévention primaire santé travail : on intervient dans des entreprises où on anime des ateliers. L’objectif est de libérer la parole et permettre aux collaborateurs d’identifier que c’est important de parler de vécu du travail. On prend le temps au départ d’aller bouger les codes : ça passe par le théâtre, le documentaire, par des pléiades d’espaces de discussion sur le travail, des séminaires et des formations qu’on propose aux futurs membres du comité QVT. 

Le documentaire 🎬

La série documentaire est un contenu gratuit de prévention primaire pour les travailleurs.ses. Son but est d’informer, sensibiliser, cultiver les gens sur le fait que c’est important de prendre soin de soi. Prendre soin de l'autre, ce n’est pas penser ses besoins à sa place, ce n’est pas imaginer les solutions dont il a besoin, mais créer le contexte favorable à son expression et son écoute. C’est sortir du jugement. 

Si on veut que les travailleurs demain soient plus heureux dans leur boulot, et qu’ils fassent mieux leur travail, il faut aller toucher leurs croyances, mais aussi toucher leur cœur. Et quoi de mieux que d’utiliser un média artistique, comme l’audiovisuel ? On a donc créé une vidéo en trois volets. Ce film peut être visionné en intégralité ou sous forme de petites capsules, pour que les entreprises puissent créer un débat autour d'idées autour des séquences.

La pièce de théâtre 🎭

Il s’agit toujours d’aller faire bouger les croyances des gens et de les toucher avec le cœur, mais là on est sur du média vivant. C’est une comédie pédagogique qui fait rire : rire jaune, rire noir. Beaucoup de gens pleurent, donc c’est quand même fort en émotions. Ça vient toucher le sujet du bien être au travail, la prévention du burn-out, le harcèlement, le sexisme, des solutions qu’on peut trouver quand on ne se sent pas bien au boulot (solutions individuelles et collectives). 

On parle du rapport hommes/ femmes, de l’alcoolisme, de plein de choses qui peuvent se passer au travail et sont transposables à la maison. Toute la pièce, c’est un couple qui se retrouve au dîner et qui ramène le travail à la maison, puisque de toute façon on ne peut pas faire autrement. On n’est pas deux personnes différentes. On n’a pas deux cœurs ni deux cerveaux. On traite les impacts de la vie professionnelle dans la vie personnelle, et c’est en ça que ça touche les gens. La puissance de notre événement c’est la pièce, mais aussi derrière l’atelier débat. Beaucoup de gens se livrent, parfois de manière impudique. C’est impressionnant de voir l’intimité que la pièce fabrique.

Montée en compétence des représentants du comité QVT 💁

On extrait de tous ces événements un état des lieux partagé par les personnes représentatives de l’entreprise au sein d’un comité QVT. Ce groupe rentre dans notre académie en ligne : les P’tits Cours de QVT. C’est un cursus de formation avec des vidéos, des ressources pédagogiques, un forum communautaire, des webinaires. Nous les faisons monter en compétence parce que nous voulons qu’ils soient autonomes à terme pour déployer et piloter la démarche.

Diagnostic individuel et collectif 🩺

On fait ensuite le diagnostic en tant que tel. Le diagnostic collectif permettant d’écrire le plan d’action QVT est fait par les travailleurs avec des remontées du terrain authentiques. Ce n’est pas un baromètre. Ce sont les travailleurs qui font remonter leur propre expérience de vie au travail. Pour cela nous avons créé une application : la Wunjo app. C’est un outil d’auto diagnostic, qui permet de mesurer ta QVT individuelle et de la qualifier. En sortant de l’appli tu sais ce que tu dois conforter et ce que tu dois améliorer pour aller mieux dans ton travail. C’est totalement confidentiel. C’est un cadeau que l’entreprise fait à toi, travailleur responsabilisé dans le fait d’être acteur de ta vie.

Mise en place d’actions collectives 👋🏻

Si vous êtes plusieurs à souffrir de telle ou telle chose au sein de votre travail, il est essentiel d’oser le dire et d’impulser la mise en place de solutions, ensemble. Chaque travailleur vient avec une partie de son diagnostic pour co-construire le plan d’action collectif. On est très proche de la vision psycho-clinique du travail de Yves Clot. Le comité vient récupérer le travail, le concerter, le faire valider par la direction. Et ensuite nous mettons en place les actions. 

Nous sommes intégrateurs de solutions. Pour un client en Normandie on peut faire intervenir une psychologue du travail en Normandie. A Rouen on a un problème de trouble musculo squelettique, on va faire intervenir un ergonome. Si on a une problématique de sédentarité, on va faire intervenir des coachs sportifs… Notre réseau d’intervenants se constitue petit à petit.

À quoi ressemblera WUNJO dans 2 ans ?

Lorsque nous aurons fait la preuve de notre modèle au siège, l’idée est d’essaimer Wunjo en France, de mailler avec des implantations locales : l’esprit de l’ESS est bien d’entreprendre avec de l’utilité sociale ET territoriale. Prochainement, nous rechercherons des gens qui partagent notre vision de l’approche QVT,  à qui fournir les outils, la comm', et qui développeront leurs actions en local. 📈

Pour en savoir plus sur Emmanuelle Bessez : 👉🏻 https://www.linkedin.com/in/emmanuelle-bessez/ 👈🏻

Pour en savoir plus sur Wunjo : 👉🏻 https://www.wunjo.life/ 👈🏻

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